Château Royal de Quierzy
L’art des jardins de l'Antiquité à nos jours


Le paradis persan enluminure du XIVè siècle

Art de vivre, le jardin est un lieu de mémoire dynamique qui a une place toute particulière dans l'imaginaire. Il exprime la façon dont un groupe humain, dans des conditions historiques données, s'appréhende lui-même, définit ses conditions d'existence, se situe par rapport à la nature.

Du paradis des Perses au verger de l'Occident médiéval, l'art des jardins ne se comprend qu'à l'intérieur de chaque société. Même si le jardin est potager, puis parc, il est avant tout un haut lieu symbolique : le paradis est un jardin des délices, la représentation symbolique d'un monde immaculé jamais vu antérieurement. Le jardin œuvre d'art est à replacer dans son contexte culturel pour comprendre les relations que celui-ci entretient avec la vie matérielle sociale et spirituelle de son époque.
Les jardins de l’Antiquité


Mosaïque romaine, musée de Tunis

Les Perses en Asie Mineure appelaient leurs jardins « pairidaeza» : le mot combinait « pairi» autour et « daeza » mur, car ces premiers jardins des délices étaient entourés par des murs. Le terme donna paradeisos en grec, puis paradisus en latin.

Environ 1000 ans avant J.C., ils ont inventé les premiers parcs paysagers, à la fois vergers et réserve de chasse, reproduisant la nature en semi-liberté. Pour traverser les déserts, ils réalisèrent une irrigation complexe où des canaux couverts, puis à l'air libre soulignaient les axes orthogonaux se rencontrant au centre en un vaste bassin à quatre boucles, symbolisant les quatre fleuves primordiaux visibles des terrasses ombragées.

A l’apogée de l’empire néo-babylonien Nabuchodonosor II roi de Babylone de 605 à 562 avant J.C. fera construire les fameux jardins suspendus, considérés dans l’Antiquité comme une des sept merveilles du monde. «C’était une suite de vingt étages-terrasses, construites comme un palais, s’élevant dans les airs, garnies d’une forêt de plantes choisies pour leur beauté, venues de tous les pays connus».
Les parfums, dont les Perses firent commerce, huile de jasmin, d’iris, de roses, de lis, de myrte, de violette et de fleur d'oranger, répandirent leurs effluves sur tout le Moyen-Orient et le Bassin méditerranéen.


Arbre de vie, tapis persan

Ils étaient également renommés pour leurs tapis dont le motif était un jardin reprenant le plan d'un paradeisos. Alors que le sable recouvrait progressivement les premiers paradis perses, ces tapis préservèrent une image idéale qui, durant plus de mille ans, fut l'une des références essentielles des jardins de l'Inde comme de ceux de l'Islam.

En s'installant en Espagne, au VIIIe siècle, les Maures introduisirent en Europe le plan du paradeisos comme l’attestent les recherches archéologiques menées à Séville dans les jardins de l'Alcazar et, à Grenade, dans ceux du Generalife et de l'Alhambra. Les jardiniers arabes eurent une influence déterminante sur le jardin de l'Europe médiévale.

Au fil du temps, les Romains délaissèrent de plus en plus souvent leurs demeures urbaines pour leur villeggiatura, signifiant littéralement «séjour à la campagne». Ces villae s’ornèrent alors de somptueux jardins en terrasses, plantés d’arbres et d’arbustes, plantes et bassins dans un ensemble harmonieux. Le jardinier-paysagiste chargé de composer ces paysages était appelé topiarus.


Villeggiatura romaine, masaïque musée de Tunis

Les jardins de l'Occident médiéval : du clos monastique au verger d’amour


Charlemagne , enluminure, Bnf Paris


Au IIè siècle, l’Empire romain décline lentement, les bandes germaniques et hunniques détruisent tout le monde civilisé et les jardins d’agrément disparaissent pour ne laisser la place qu’au jardin d’utilité.
Le récit de la légende de Saint Fiacre, saint patron des jardiniers, donne une idée de la désolation. Pour convertir le peuple au christianisme, les moines défricheurs vont reconquérir la terre sur la forêt, pour la mettre en culture*. Ces ordres religieux se vouent aux soins des malades.

Bien après la chute du dernier empereur romain en 476, le renouveau vient de Charlemagne qui crée de nombreuses écoles religieuses où l’on étudie la base de l’enseignement pharmaceutique par l’étude des «simples».

En 812, Charlemagne recommande dans le «Capitulaire de villis vel curtis imperialibus» la culture de 94 plantes dont 73 herbes, 16 arbres fruitiers, 3 plantes textiles et 2 plantes tinctoriales. L’abbé de Reichenau, Walafrid Strabo, publiera plus tard «Hortulus sive de cultura hortorum» ou de la culture des jardins, premier traité botanique.

Au XIè siècle l’habitation des seigneurs se mue en forteresse, le clos utilitaire se trouve hors des murs de défense. Sacré ou profane, le jardin médiéval est celui des cinq sens (la vue, l’ouie, l’odorat, le toucher, le goût) ; c’est comme le paradeisos, un jardin des délices protégé par une clôture de claies, de palissades, de haies ou de murs.
Les jardins monastiques ont pour modèle le plan de l’abbaye de Saint Gall éxécuté vers 830 par Heito, évèque de Bâle pour Gozbert, abbé de St Gall en Suisse, mais jamais réalisé.

Les femmes au Moyen Age


Enluminure «Grandes heures» d’Anne de Bretagne, Bnf Paris

Sainte Hildegarde fonde avec quelques sœurs en 1150, un monastère sur les rives du Rhin, près de Bingen. Reconnue par ses pairs pour son savoir et sa force spirituelle, soutenue par la Papauté, l’abbesse de Bingen associe dans une même représentation du monde, l’observation naturaliste, la composition de «manuels médicaux», de poésie ou de musique. Dans son «liber simplicis medicinae» ou le livre de la médecine des simples, elle propose près de 300 plantes dont une partie sert à la cuisine, l’autre à la médecine, souvent aux deux. La qualification de chaque plante, avec son indication, sa ou ses contre-indications et sa valeur médicinale, découle de sa relation avec l’un des quatre éléments décrits par Hippocrate : chaud, froid, sec, humide. Pour prescrire ces plantes, l’abbesse utilise le principe de similitude et la loi des contraires. Cette pratique perdura jusqu’au XVè siècle.

Les femmes occupent une place importante dans l’art de guérir jusqu’aux XIVè et XVè siècles. On leur laisse la possibilité de cultiver ce qu’elles souhaitent, le jardin est leur domaine comme en témoigne le livre des «Grandes heures» d’Anne de Bretagne, où figure pas moins de 337 plantes, avec leur nom latin et français, magnifiquement illustrées par Jean Bourdichon peintre à la cour de France.


Le jardin d'amour 1468, Renaud de Montauban, Paris, bibliothèque de l'Arsenal

On distingue plusieurs espaces spécialisés dans le plan du jardin médiéval idéal, clos de murs, dont les trois formes principales sont le jardin de la santé, le jardin de l’âme, le jardin de l’amour. De forme carrée ou rectangulaire du cloître, les subdivisions du jardin reprennent les formes géométriques avec des chemins à angles droits entre des parterres carrés ou rectangulaires ou des aires de formes et de taille similaires.

L'herbarium : près de l’infirmerie dans le jardin monastique, petit enclos de plantes médicinales. C’est le jardin de santé.
Au XIè siècle est créée la première école de médecine à Salerme, dans le sud de l’Italie,
au carrefour des savoirs grec, arabe et chrétien.
L'intérêt pour les collections et les recherches botaniques, le partage des connaissances met en évidence les relations avec la culture islamique. Les collections de plantes de médecins arabes, avant les jardins botaniques de la Renaissance, furent à l'origine des jardins des plantes de Séville, de Tolède et de Montpellier du XIe au XIIIe siècle.

L'hortus : ou potager, avec ses légumes et ses plantes aromatiques divisé en pièces carrées surélevées, comme un damier, dans les monastères ;
L'hortus conclusus, dans les demeures seigneuriales, carré bien clos au centre duquel jaillit une source d’où partent des rigoles d’irrigation formant une croix , jardin secret, jardin de rêve de la fin du Moyen-Age, possédant un caractère sacré ou profane selon qu'il était dédié à la Vierge ou à Vénus ; c'était très souvent un jardin de lis, de roses et de roses trémières appelées alors passe-roses. C’est le jardin de l’âme.

Le viridarium : un verger parsemé de fleurs, tel un parterre de «mille fleurs» autant destiné à la récréation et au plaisir de la cueillette dans les châteaux, qu’au verger-cimetière dans les monastères.
Le verger fut le jardin préféré du Moyen Âge. Selon les poètes et écrivains comme Guillaume de Lorris en 1238 dans son célèbre «Roman de la Rose» terminé en forme de satire par Jean de Meun vers 1305, puis traduit par Geoffrey Chaucer en Angleterre un siècle plus tard. C’est le jardin idéal, onirique et allégorique, celui de la rencontre amoureuse, le lieu de plaisance, à l’instar du paradis terrestre, c’est le jardin d’amour.

L’une des plus belles représentation du jardin du Moyen Age est la célèbre tapisserie de la «Dame à la licorne» ; de nombreuses espèces de fleurs sont représentées parmi lesquelles l’ancolie, la giroflée, l’iris, la jonquille, le lis, la marguerite, le muguet, l’œillet, la pervenche, la primevère, le souci, la violette…

Un peu avant la Renaissance, ces formes géométriques se matérialisent sur les arbres comme les ifs, les buis ou les charmes que l’on taille en boule, en pyramide, en plateau ou en plateaux superposés. Le jardin de curiosité naît dans le dessein de plaire ou de surprendre le visiteur. Le ménagier de Paris à la fin du XIVè siècle donne les procédés dans lesquels – «on semait des arbres dans le tronc d’autres arbres, comme par exemple, dans le tronc d’un chêne on introduisait par incision les semences d’une vigne ou d’un cerisier» et l’on obtenait un arbre étrange dont le tronc unique donnait naissance aux branches les plus diverses.
Les jardins de la Renaissance : du jardin humaniste au jardin à la française


Petit livre d'amour, René d'Anjou


Au milieu du XIV è siècle, le «Décaméron» du poète italien Boccace (1313-1375) dessine les futurs jardins de la Renaissance en racontant l’histoire de ces nobles florentins fuyant la cité et la peste, pour se réfugier dans les jardins imaginaires de la villa de Fiesole en savourant les plaisirs d’une civilisation raffinée, qui sera la référence.

René d’Anjou comte de Provence, roi de Naples et de Sicile (1409-1480) poète et jardinier établit ses principales résidences à Angers et à Aix-en-Provence. Passionné d’agronomie et de viticulture, il introduit le mûrier et le muscat dans le sud de la France. Il ne cesse de planter des jardins en Anjou faisant de son duché le «jardin de France». Le plus célèbre de ses écrits «Le livre du cœur d’amour épris» est un traité sur l’amour profane, avec une grande sensibilité poétique pour le paysage, dans le goût de son temps mais avec une vision de l’avenir.

Le jardin de la Renaissance est le prolongement de l’architecture italienne.
De larges ouvertures sont pratiquées dans les murs, pour faire entrer la lumière et contempler la nature environnante, de sorte que l’habitation et le jardin vont être désormais régis dans une conception unitaire.

Sur le modèle des villas florentines et romaines, la mode, lancée par les humanistes italiens du XVè siècle qui souhaitait retrouver l’idéal esthétique et intellectuel de l’Antiquité, mais qui en avait une vision sublimée, revient.


Hortus palatinus vers 1620, considéré comme la 8ème merveille du monde

Des perspectives, des parterres de buis alliant des courbes aux motifs symétriques sont dessinés. Des terrasses, des grottes, comme dans les jardins baroques de Boboli à Florence, sont construites. Des ornements et des jeux d’eau, dans les jardins manièristes sur des thèmes iconographiques complexes, mais toujours inattendus, sont installés.

Ces jets d’eau sont dissimulés derrière des consructions végétales et s’élancent soudain sous les pieds des promeneurs surpris. Les statues s’animent, jouent d’instruments musicaux mues par d’ingénieuses machines hydrauliques destinées au plaisir et à la curiosité.

Les arbres sont choisis persitants dans les tons de vert et de gris que l’on complète par des collections en pots bordant les allées pour mieux les admirer.

L’art des topiaires est à son comble, on taille les buis en forme d’animaux, de statues ou bien ils écrivent des devises.

Les labyrinthes de verdure sont une invention italienne du XVè siècle que Léonard de Vinci importera pour François 1er. Au XVIè siècle ils sont encore de faible hauteur, celle du genou, au XVIIè siècle, ils monteront très haut, comme en Angleterre ou à Versailles en 1667.

Les plantations de fleurs sont quasi absentes de ces jardins, aussi assiste t-on durant la Renaissance à la naissance du jardin botanique, issu du jardin des simples. Ces jardins sont consacrés principalement aux plantes médicinales. Ils rempliront l’office du savoir comme celui de l’acclimatation.


Premier jardin botanique en Europe, Padoue en 1545

Du jardin du moine apothicaire, on en vient au jardin de l’agronome, des vergers royaux, au potager du Roi. On découvre l’agrément, sans oublier l’utile.
Le premier jardin botanique est établi à Pise en 1543, vite suivi par ceux de Padoue en 1545 et Florence en 1550.
De nombreux humanistes, attirés par l’étude de la nature, commencèrent à observer et à s’interroger sur la croissance des plantes, leurs variétés et leurs origines géographiques.
Des amateurs éclairés firent progresser le domaine des connaissances en botanique.

Plus tard, les grandes découvertes et le changement des mentalités vont renouveler les entreprises artistiques de la Renaissance. Dès lors, celles-ci vont s’attacher à essayer de dompter la nature. La rigueur est de mise. La priorité est donnée aux lignes droites, aux courbes régulières, à la perspective et à la géométrie, à la sobriété des surfaces et de la décoration.
C’est la naissance du classicisme.
Le jardin classique à la française


Planche botanique, la tulipe

La découverte de l’Amérique marque la fin du Moyen Age. La Renaissance grâce aux expéditions lointaines lève le voile sur les mystères des origines de beaucoup de végétaux tant culinaires que médicinaux.

Le flamand Charles de l’Ecluse -Carolus Clusius-, botaniste, médecin, humaniste, est le premier savant dans le domaine de l’horticulture. Il dirige le jardin botanique de l’université de Leiden, fondé en 1587 ; sous sa tutelle, le jardin se tourne vers les plantes ornementales qu’il a introduites, plutôt que vers les plantes médicinales. Ses cultures de bulbes et de tubercules du Moyen-Orient, jacinthes, iris, lis, fritillaires, glaïeuls, tournesols et surtout tulipes ont métarmophosé le jardin en Europe du Nord. Les fleurs envahissent les savants « parterres de broderies ».

La «tulip mania»
Maitre du savoir, les Hollandais le sont également du commerce et exercent à cette époque un monopole international sur le négoce des oignons, devenus véritable unité monétaire. Ces fortunes édifiées sur la «tulip mania» s’effondrent avec le marché en 1634.


Le Tableau d'Henrick Pot est une condamnation à la «tulip mania»et par la même occasion une dénonciation de tous les pièges et périls générés par cette passion. Flora, habillée en courtisane tient à la main des tulipes les plus recherchées. La déesse est entourée de trois fidèles serviteurs qui portent une coiffe de jongleur , d'où le nom de «char des bouffons de Flora».


Le char de Flora des sots, Hendrick Pot 1637 Haarlem, Frans Hals Museum

L’Europe du XVIIe et XVIIIe siècle se passionne pour l’horticulture et les collections de plantes plus ou moins exotiques, suivant l’exemple d’Olivier de Serres, qui est passé maître en la matière. Il publie le premier traité d’arboriculture raisonné, en huit volumes, intitulé «le théâtre d’agriculture et mesnage des champs» en 1635.

Louis XIV est un collectionneur avisé de plantes et d’arbres, il a considérablement enrichi le jardin du Roi –futur Jardin des Plantes- fondé en 1626 par Guy de la Brosse, médecin de Louis XIII. Il finance lui-même des expéditions ayant pour objectif d’acclimater à Paris des espèces du Nouveau Monde ou d’Extrême-Orient.


Croquis des jardins de Vaux-le-Vicomte, Sylvestre Israël, Bnf Paris

Dans ce contexte, une véritable révolution dans la conception des jardins se prépare dans la France du XVII siècle. On la doit d’abord à un artiste exceptionnel, André Le Nôtre, qui élève l’Art des jardins à la perfection.
Il est Jardinier du Roi aux Tuileries, dont sa famille à la charge depuis deux générations, et en même temps dessinateur des parterres des jardins royaux et premier jardinier des jardins de Monsieur, frère du Roi Louis XIII, Gaston d’Orléans. Il a un temps étudié la peinture puis l’architecture avant de se consacrer à sa charge. C’est Nicolas Fouquet surintendant des finances de Louis XIV qui révèle les talents d’André Le Nôtre. En 1656, pour créer son château de Vaux-le-Vicomte, il fait appel à une nouvelle génération d’artistes : le peintre Charles Le Brun, le sculpteur Larambert en font partie, complices dans la vie comme dans le travail. Ils créeront une splendeur dont Nicolas Fouquet ne se remettra pas : Louis XIV ne pardonnera pas ce défi à la suprématie royale et il le fera arrêter trois semaines après la magnifique fête qu’il donne en l’honneur du Roi et de la cour, le 17 août 1661, dans son domaine de Vaux. Louis XIV n’aura de cesse de surpasser l’éblouissement de Vaux par celui de Versailles et fera pour cela appel aux mêmes artistes réunis par Nicolas Fouquet.


Salle des festins, Jean l'Ainé Cotelle vers 1689, musée national Le Grand Trianon

L’unité règne dans cette conception du domaine de Vaux-le-Vicomte, car le château ne domine ni n’écrase les jardins. Les jardins de Vaux sont une révélation pour le jeune roi, ils sont conçus comme un lieu de fête, un vaste théâtre pour les princes et les courtisans, gracieux figurants qui animent les allées et les terrasses.

Ces jardins donnent une illusion d’immensité. L’axe central, partant du château, conduit le regard dans une perspective dominée par un colossal Hercule, derrière lequel se déploie l’infini. L’imposant Grand Canal perpendiculaire est invisible, depuis le château, comme la grande cascade qui se découvre spectaculairement au cours de la promenade.

Une fontaine fait jaillir un dôme d’eau qui fait écho à celui du château. Les plans d’eau exploitent les reflets changeants du ciel, les statues et les fontaines donnent une unité à cet ensemble grandiose. L’œil d’André Le Nôtre est celui du peintre, de l’architecte, et celui indispensable du jardinier, mais c’est également l’harmonie entre le bâti et les jardins qui crée cette unité spécifique à Le Nôtre.


Louis XIV va comprendre immédiatement tout l’intérêt politique d’une telle conception et il la pousse à son paroxysme en imaginant son domaine de Versailles. C’est le symbole de la splendeur du «plus grand monarque d’Europe» qu’André Le Nôtre a la charge de construire.

Les perspectives sont allongées, le terrain pentu est remplacé par une succession de terrasses, donnant l’impression de l’infini. Le Nôtre crée une architecture végétale pour l’ornement des avenues et des allées qui captent la lumière, des palissades et des cabinets de verdure orientés vers les quatre points cardinaux, symboles du soleil, emblème du Roi.




Vue en perspective du château et des jardins de Versailles de Pierre Patel; Musée du Château de Versailles et des Trianons © Réunion des Musées


La Machine de Marly, Pierre Denis Martin 1723, Musée national de Versailles

Les fleurs sont requises là où une tache lumineuse leur assigne une place dans les parterres et les bordures, les vases en composition florale changée fréquemment suivant les caprices du Roi, et toutes choisies dans une unité de ton.

L’eau est omni-présente, le Roi raffole des cascades, des bassins, des jets d’eau qui jailliront sur son passage et celui de ses invités. Pour cela, il faut amener l’eau de la Seine à Versailles et imaginer de nouvelles machines, comme cette pompe géante à Bougival, la «machine de Marly» qui alimentera les 1400 fontaines du domaine mises en eau lors de la promenade royale.

Louis XIV donnera de somptueuses fêtes dans ses jardins, qu’il chérissait plus que son château ; il rédige lui-même une «Manière de montrer les jardins de Versailles».

Le potager du Roi


Le potager du Roi, Musée du Château de Versailles et des Trianons © Réunion des Musées

Mais ses visites privées il les réserve au jardin utilitaire de 9 hectares créé par Jean Baptiste de La Quintinie, avocat, écrivain et botaniste qui a également fait les jardins potagers et fruitiers de Vaux pour Nicolas Fouquet.

Les fruits et les légumes les plus divers que goûte particulièrement le Roi sont tous, comme ce dernier en représentation lors de ses fameux soupers ou dîners : ils se doivent d’être les plus beaux, les plus surprenants.

La Quintinie excelle dans la transplantation, l’acclimatation, la sélection, la diversification, les tailles, les greffes, les espaliers. Il met au point une méthode qui permet d’avoir des primeurs hors saison. Ainsi, la table royale est fournie de légumes verts et d’asperges tout l’hiver, de laitues en janvier, de fraises au mois de mars.

Après la mort de La Quintinie, paraissent ses «Instructions pour les jardins fruitiers et potagers» en deux volumes, rééditées et traduites de nombreuses fois. Aujourd’hui encore, le potager du Roi à Versailles reste une source permanente d’inspiration et d’émerveillement.
L’influence de Versailles
Plus de deux mille châteaux sont construits en France au XVIIe siècle, et André Le Notre va créer un cabinet d’architecture des jardins pour répondre à la demande de ces nouveaux propriétaires. Un cabinet où ses élèves travaillent sur toutes sortes de projets en France mais aussi en Europe, car l’Europe entière veut reproduire le modèle des jardins de Versailles. Ces multiples «interprétations» sont des adaptations, fondées sur l’émulation plus que sur la copie, qui tiennent compte de la nature du terrain, de l’esprit du pays et des souhaits du commanditaire.
Les allées rayonnantes de Le Nôtre inspirèrent plus tard encore jusqu’à l’Amérique, témoin le tracé du Capitole pour la nouvelle capitale Washington, taillée dans la nature sauvage américaine. C’est ainsi que l’esprit des jardins à la française demeure jusqu’à nos jours.

Les Jardins paysagers à l’Anglaise


Fête de nuit à Trianon ,vers 1782, de Hubert Robert, musée des Beaux-Arts de Quimper

Avec Louis XV, les pensées et les moeurs de la Cour évoluent. L’un de ses principaux médecins, François de Quesnay, économiste, libre penseur, est à l’origine d’un mouvement de pensée, les physiocrates (mot à mot: pouvoir de la nature) qui en résumé estime que la terre est le seul véritable producteur et, que toute l’économie doit s’orienter vers l’agriculture. Paralllèlement les nouvelles idées philosophiques courent «qui veulent améliorer l’homme et la nature en partant du principe que la nature est bonne et que la société peut le devenir; pour peu que l’homme respecte les équilibres de la nature dans le respect de la liberté et de la raison », l’écologie est née.

On voit donc qu’au XVIIIe siècle, la passion des Européens pour la botanique «science qui a pour objet la connaissance, la description et la classification des végétaux », ne diminue pas ; au contraire, la littérature regorge de sujets, sur les plantes nouvelles, mais aussi sur les parcs et les jardins, sur les nouvelles expéditions notamment en Chine et en Inde.
L’Europe continue à se couvrir de jardins d’agrément : les folies champêtres.



Les jardins anglais


Claude Lorrain, Paysage avec la nymphe Égérie, Naples, Museo Nazionale di Capodimonte

En Grande Bretagne, les grands artisans du jardin anglais que sont les paysagistes William Kent et Lancelot «Capability» Brown, transposent au jardin le rêve des peintres du paysage romain, Claude Lorrain et Nicolas Poussin. Soutenus par des écrivains comme Milton et Francis Bacon, ou Joseph Addison et Alexander Pope «the Genius of the place» (le génie du lieu, la nature) ils dénoncent l’artifice du jardin formel et se font les porte-parole du mouvement paysager anglais.


Le jardin paysager anglais se définit d’abord, par la création de perspectives intéressantes, se découvrant successivement comme plusieurs tableaux.
Lancelot Brown supprime les clôtures, les haies et reprend le saut de loup autrement appelé les ha !ha !, sorte de fossé sec creusé ou douve sèche qui marque les limites de la propriété et assure une liaison avec le paysage sans mur ni cloture.

Willian Kent introduit les courbes, allées tortueuses, pelouses ondulées, ruisseaux qui serpentent, buttes et reliefs, pièces d'eau aux formes qui semblent dues au hasard.
Il plante les arbres, en quantité et en groupes, de façon à recréer un espace naturel, ces arbres, autrefois taillés, vont déployer leurs frondaisons majestueuses en toute liberté. Enfin il utilise des jeux d’ombre et de lumière, à la manière des peintres, et l’implantation de fabriques, le goût étant aux ruines antiques ou gothiques, aux pyramides égyptiennes, aux pagodes chinoises, aux kiosques ottomans, aux pittoresques chaumières. C’est la naissance du paysage romantique.


Coplestone Warre Bampfylde, vue de Stourhead, vers 1760, Londres

Les jardins anglo-chinois


La pagode chinoise à Kew garden, Londres

L’origine de cette mode remonte à 1699 avec la création de la compagnie royale française de Chine, puis en 1752 avec la publication par Jean-Denis Attiret, père Jésuite, d’«Un récit particulier des jardins de l’Empereur de Chine», publié en anglais la même année sous le titre «A particular account of the Emperor of China’s Gardens Near Pekin».

La Chine fascine l’Europe et Versailles fascine la Chine. L’orientalisme métisse les styles en Europe occidentale, ces échanges entre l’Orient et l’Occident marquent tous les arts et en particulier celui des jardins. Au retour de ses voyages en Chine et en Inde, William Chambers lance la mode des folies exotiques ou «anglo-chinois», en 1759 il participe à la création des célèbres Jardins botaniques royaux de Kew. Ces jardins combinent la culture d’une grande variété d’espèces avec une esthétique du décor paysagé, ce qui contraste résolument avec la rigueur formelle des autres collections botaniques de l’époque.
Les jardins d’exposition florale


Une immense serre, le Crystal Palace

Pour assurer la survie des collections, les jardiniers doivent faire preuve d’imagination et de dévouement sans borne. La mauvaise saison est un casse-tête, d’autant que les fameuses orangeries ne sont pas adaptées aux plantes exotiques exigeantes en lumière et en chaleur. Peu à peu, s’impose la nécessité de construire des bâtiments, entièrement vitrés et chauffés, que l’on appelle les serres.

On installe partout en France, comme en 1763 à Lyon, des jardins botaniques. Le parc de la «Tête d’or» rivalise avec le Jardin des plantes à Paris, où la première serre chauffée est due au médecin Fagon en 1650. Autour de 1700 s’installe la dynastie des Jussieu qui cultive le caféier d’Arabie dans la grande serre. Bernard de Jussieu plante le premier cèdre du Liban en 1734. La guerre des épices et celle des couleurs se disputent âprement entre Français, Anglais, Hollandais et Portuguais Pour répondre au besoin croissant des jardins en graines et plantes rares, de nouveaux corps de métier voient le jour. Du commerce des plantes nait le métier de pépiniériste. Désormais, on ne monte plus une expédition pour le seul prestige mais pour aussi pour les affaires. Les premiers marchands de graines et semences apparaissent en Europe et Philippe de Vilmorin crée la plus célèbre lignée de grainetiers français.


Un des dessins de rose de Pierre Joseph Redouté

En 1735, Carl von Linné, médecin naturaliste suédois publie la « Systema naturae» qui remet en cause les conceptions traditionnelles. Cette méthode de classement par l’étude des organes sexuels des plantes, à savoir les fleurs, suscite un enthousiasme universel et met un terme aux querelles qui opposent les multiples méthodes de rangement.

Pour compléter ces descriptions, on fait appel à des aquarellistes qui vont reproduire le dessin de ces nouvelles plantes venues des colonies françaises d’Afrique, des Caraïbes mais aussi des océans Indien et Pacifique. Le plus célèbre d’entre eux, Pierre Joseph Redouté, dessinateur de la reine Marie-Antoinette puis de l'Académie des Sciences en 1793, mène son art à la perfection par la finesse d’éxécution de ses œuvres et la fidélité de ses reproductions jusque dans les plus petits détails, il nous lègue un prodigieux patrimoine. Jean Baptiste de Lamarck prospecte la flore fançaise et publie l’Encyclopédie botanique et l’illustration des genres en 1778. Comme pour Philibert Commerçon et Jeanne Baret partis autour du monde en 1767, c’est aussi l’espoir de découvrir, dans leurs trouvailles, un remède , un aliment contre les épidémies et les famines qui frappent régulièrement notre continent, qui leur fait franchir les mers, au mépris de tous les dangers. C’est cette même quête qui anime Antoine Augustin Parmentier dans sa lutte pour la reconnaissance de la pomme de terre et le classement de ce tubercule parmi les plantes utiles du jardin en 1787.

Le Crystal Palace
En 1827 Nataniel Bagshaw Ward invente la première serre portable pour le transport sur longue distance des espèces végétales appelée «caisse de Ward». En 1851 l’Angleterre sera encore à l’honneur avec l’inauguration du Crystal Palace, longue serre de 600 mêtres, œuvre de Joseph Paxton, pour l’exposition de Londres.


L’intérieur du Crystal Palace, dessiné par Sir Joseph Paxton, pour l’Exposition de 1851, Hyde Park, London.

Le siècle des lumières


Gravure, Le Hameau de la Reine, Musée de Versailles

La France suit les mêmes courants et, à Versailles, le Petit Trianon nait de la passion du roi Louis XV pour la botanique et l'agronomie. Il y fait construire une « ménagerie » (ferme expérimentale) et aménager par le jardinier botaniste Claude Richard un jardin botanique et des serres. Une école de botanique y est créée par Bernard de Jussieu. Peu avant la fin de son règne, Gabriel termine le château du Petit Trianon. Louis XVI l'offre à Marie-Antoinette, qui aime s'y réfugier, loin des intrigues de la cour. Dans le parc conçu pour la Reine, Hubert Robert et Richard Mique conçoivent un temple de l'Amour, une laiterie et le célèbre Hameau.


En 1774, l’excentrique Baron de Monville commence la création du «Désert de Retz» à Chambourcy où il s’installe face à l’étang, dans une maison chinoise. Il se lance dans l’érection d’une colonne qui doit mesurer 120 mêtres de haut. Elle n’atteint en fait, que quatre étages aériens et deux souterrains, mais comporte huit chambres par niveau, où il met en scène sa vie quotidienne et celle de ses hôtes.

La Princesse de Monaco veut vivre elle, dans «un jardin de sentiments» entourée de fausses ruines médiévales dans son jardin de Betz.
Le Marquis Louis René de Girardin admirateur de Voltaire et de Newton, disciple de Jean Jacques Rousseau, dont la sépulture se trouve dans son parc d’Ermenonville, publie un « traité sur la composition du paysage » en 1777. Enchanté par la mode des jardins anglais rapporté d’Outre-manche, il crée avec Thomas Blaikie, le plus beau jardin paysager de France, qui dépasse les pâles imitations qui le suivirent.

La même année, le comte d’Artois, frère du roi Louis XVI, installe Bagatelle en quelques mois et confie les travaux à François-Joseph Bélanger, architecte et à Thomas Blaikie pour les jardins.

Le marquis de Chateaubriand n’est pas en reste et crée sur son domaine un parc à l’anglaise, l’arboretum de la Vallée aux loups . En 1799, Joséphine de Beauharnais crée les jardins de la Malmaison avec une prodigieuse collection de végétaux, qu’elle acclimate dans une serre chaude, dont beaucoup sont originaires de la Martinique, son ile natale, mais aussi des collections de roses…

En Allemagne, Schiller et Goethe exaltent le nouveau mouvement romantique qui adopte facilement la transformation du paysage imaginé par les Anglais. Que ce soit l’influence anglo-chinoise, exotique, pittoresque ou paysagère, le naturel domine dans les jardins allemands, pour la plus grande joie des rêveurs et des méditatifs. Il devient un art qui célèbre la victoire du sentiment sur la raison, la souveraineté de la nature sauvage sur l’ordre. Parmi les architectes paysagistes de ce mouvement, citons Friedrich Ludwig von Sckell, Peter Joseph Lenné, et le Prince von Hermann Pückler-Muskau.


Désert de Retz ,maison en forme de colonne, 1780 pour M. de Monville par F. Barbier

Jardins publics, jardins contemporains
Si le XVIIIe siècle a été le siècle des découvertes, le XIXè sera celui de la propagation de ces connaissances à un plus large public, mais aussi celui de la réinterprétation, le XXe siècle sera celui de la prise de conscience écologique, le XXIe celui des jardins.

C’est d’Angleterre que nous viennent les modèles d’hier et d’aujourd’hui.
En 1804 est fondée «The Royal Horticultural Society», puis en 1862 la première exposition-vente de fleurs dans Kensington, transplantée plus tard au «Royal Hospital de Chelsea» dont la 23ème édition a lieu en mai 2005 et qui fait courir tous les amateurs de jardinage. Cette manifestation en a inspiré beaucoup d’autres à travers l’Europe pour le plus grand bonheur des amoureux des jardins.
Cette remarquable institution n’a pas hésité à racheter des demeures historiques à l’abandon pour créer ou restaurer des jardins qui permettent de pérenniser ces domaines en fournissant les moyens de leur entretien et de leur restauration.


J.H. Hintze, le parc de Kreuzbergdenkmal 1829, Berlin

La principale innovation du XIXe siècle en matière de jardins est l’apparition et la généralisation de parcs municipaux en Europe. A Vienne, l’Empereur François Joseph II ouvre le Prater en 1777, comme «jardin de plaisance pour tous les hommes». Milan suit l’exemple en 1788, puis Munich en 1806. En France, les cimetières modernes, innovation française du XIXe siècle, datent de 1789, année où fut interdite l’inhumation en terre d’église. Le cimetière du Père-Lachaise ouvre en 1804. Ces cimetières sont aménagés dans le style paysager, avec des allées sinueuses, des espaces boisés, des vues étudiées, et de temps à autre un étang ou un lac. Les tombes remplacent naturellement les fabriques architecturales des parcs du XVIIIe siècle. Le cimetière devient autant le jardin des morts que celui des vivants.

Le plus important programme de parcs publics intégré à un plan d’urbanisme est français, c’est la restructuration de Paris par le Baron Haussmann, préfet de la Seine, créateur des nouvelles artères bordées d’arbres, du réseau des égouts, de l’aménagement des jardins publics et des promenades, et enfin d’une quarantaine de squares disséminés à travers la ville.
A noter que les squares sont une invention anglaise qui veut littéralement dire «place carrée» et qui désigne en général un petit jardin entouré de grilles.


William Wyld,1858, les jardins des tuileries

En 1852, Napoléon III offre le «bois de Boulogne», ancienne forêt royale, à la ville de Paris. Jean-Charles Alphand, ingénieur et architecte paysagiste, est chargé de remanier ces 850 hectares. En collaboration avec Barillet-Deschamps, ils créent en 1864 le «parc des Buttes-Chaumont», le «parc Montsouris», ensemble ils remanient le «parc Monceau», le «champ de Mars», les «bois de Vincennes» les «Champs-Élysées». Alphand fera paraître en 1886: «les promenades de Paris et l’Art des jardins».

A la fin des années 1860, presque toutes les grandes villes de France et d’Angleterre possèdent leurs jardins publics, imitées par le reste de l’Europe.
A l’occasion de l’Exposition Universelle de Paris, un nouveau style naît : la mosaïculture.

En 1878 Henri Duchêne, secondé par son fils Achille qui lui succèdera, entreprend la rénovation des jardins du XVIIe et du XVIIIe siècle. On leur attribue près de 6000 jardins en Europe, en introduisant un style mixte, le classicisme français associé au parc paysager à l’anglaise. On dira des Duchêne qu’ils sont les «Viollet-le-Duc» des jardins.
Le jardin d'un peintre


1901-Une Allée du jardin de Monet, Giverny

En 1883 Claude Monet achète la propriété de «Giverny». Cet artiste peintre fondateur du mouvement impressionniste reste indissociable des jardins, source de son inspiration.

En 1893 création par l’abbé Lemire de l’association appelée aujourd’hui Fédération des jardins familiaux.

Le jardin d'un architecte Antoni Gaudi
En 1900 création du «parc Güell» destiné à la construction d’une grande ville-jardin par Antoni Gaudi à Barcelone. Sur le modèle anglais de l'urbaniste Ebenezer Howard, le projet de Gaudi comprend 60 parcelles reliées par des allées où les enfants peuvent jouer et les adultes se promener, lire ou simplement se reposer dans leur cité-jardin. La mort de Güell, en 1918, interrompt définitivement les travaux. La ville acquiert le terrain en 1922 pour en faire un parc public. D’autres urbanistes ont tenté de créer la cité idéale, c’est le cas de Jean-Baptiste André Gaudin qui construit le «Palais social» ou familistère de Guise en 1859.


Entrée du «parc Güell» par Antoni Gaudi

Le XXe siècle…


Le jardin de Gertrude Jekyll à Munstead Wood, Godalming Museum

En cette fin de siècle naît en Angleterre l’idée du jardin sauvage contre celle du jardin architecturé. Témoin de cette réaction, les jardins de «Mount Usher» près de Dublin. Leur style a influencé une grande partie des parcs naturels européens modernes du début du XXe siècle. Le rapport du sauvage et du civilisé, du spontané et du pictural et la présence de l’eau, reflet de la lumière, vont prédominer dans la conception des jardins.

L’Angleterre est alors dans une période de richesse économique et industrielle, traversée par des propositions culturelles et sociales contradictoires. Dans un confort bourgeois de la société victorienne au décor surchargé, les arts visuels et décoratifs prônent un retour au Moyen-Age et au gothique tout en faisant le lien avec des convictions socialistes. Les peintures, le mobilier, les tentures, les tapis retrouvent les motifs floraux anciens, tandis que s’élabore un langage de la couleur. Riches Anglais et Français découvrent la lumière de l’Orient et du Maghreb : cela se traduit aussi dans l’implantation de plantes exotiques résistantes au milieu des plantes indigènes dans les jardins, image d’une nature luxuriante idéalisée. Cette idée va jouer un rôle fondamental dans la conception du jardin moderne.

Le jardin flirte alors avec l’art nouveau et l’art déco, voire le cubisme.
En Angleterre fondé par William Morris, c’est le mouvement Arts and Craft qui nait. Il conçoit l’artisanat comme une force créatrice susceptible de défier la production industrielle, qu’il juge esthétiquement médiocre et peu propice à l’épanouissement des ouvriers.
Armand Point, un peintre inspiré par l'œuvre des primitifs et des préraphaélites, décida en 1897 d'ouvrir une colonie de métiers d'art dans sa maison installée village de Marlotte au coeur de la forêt de Fontainebleau. Très lié aux milieux artistiques d'avant-garde, il attire à lui nombre de jeunes talents qui forment rapidement une confrérie, baptisée Hauteclaire à l'image de la communauté Arts and Crafts d’Outre-Manche.

Influencée par ce mouvement Gertrude Jekyll, peintre et habile paysagiste à la fin du XIXè s, appliqua au jardin une théorie de Michel Eugène Chevreul, directeur des teintures de la Manufacture royale des Gobelins, sur l’utilisation des couleurs complémentaires et des séquences dégradées de tons chauds et froids.
L’invention de ses bordures mixtes de plantes herbacées compte parmi les éléments les plus caractéristiques des jardins anglais de notre époque.
Dans son jardin de Munstead Wood, Gertrude Jekyll avait créé un très célèbre mixed border que l’on devait regarder de loin, tel un tableau, et où les plantes étaient assorties selon un schéma chromatique précis : couleurs froides aux extrémités afin de renforcer les plus chaudes au centre. Derrière l’aspect spontané des mixed border se cachait une profonde compétence en botanique et le choix des plantes était dicté par une observation pointilleuse de chaque détail, de la couleur des corolles à la période de floraison, qui devait coïncider avec les plantes voisines des plates-bandes.

Du jardin de William Robinson à celui du jardin en mouvement, au jardin planétaire de Gilles Clément, il y aura le pas franchi de la prise de conscience des enjeux du monde durable, dont le jardin est sans doute le symbole et l’outil.


Le jardin de la villa du Lac de le Corbusier à Corseaux, construite en 1924

Il faudra attendre la fin de la première guerre mondiale pour que renaissent l’enthousiasme et l’énergie nécessaires à la création de nouveaux jardins. C’est en 1922 que l’écrivain espagnol Blasco Ibanez achète à Menton la propriété «Fontana Rosa» et y crée un jardin des romanciers réunissant les bustes de romanciers célèbres, c’est la création des jardins à thème.

En 1924 c’est le tour d’Alexandre Marnier-Lapostolle, l’inventeur du Grand-Marnier, d’installer son jardin exotique dans «la villa des cèdres» à St Jean Cap-Ferrat sur le modèle des jardins de la belle époque, mais c’est son fils qui en fera un joyau, par les collections de plantes succulentes, d’orchidées et d’agrumes.

La même année Charles–Edouard Jeanneret, dit «le Corbusier» crée son premier toit-jardin pour ses parents. Les toits peuvent pour lui devenir des lieux de poésie. Ces toits-terrasses n'existent pas pour le plaisir de remplacer la toiture inclinée, mais pour lui donner une fonction autre que celle de simple couverture. La terrasse offre la possibilité d'aménager un lieu voué au soleil. La végétation peut s'y développer, cette terre de verdure servant aussi d'isolation. Ce toit-jardin peut encore servir de promenoir pour s'isoler ou s'aérer.

L’architecte paysagiste et peintre Anglais Russel Page disait que -«nous vivons sous une accumulation de périodes, de styles et de cultures». Il s’inscrit dans les courants de son siècle : la reconstitution, l’adaptation, le jardin de petite taille, le jardin public et le jardin industriel. Il donna également dans le parc de sculptures, qu’il place comme des arbres, ou des arbres qu’il plante comme des sculptures. Après la seconde guerre mondiale, Page comprend que les industriels et les villes assument désormais le rôle autrefois tenu par les papes et les princes, il a l’intuition du développement considérable du jardinage, qu’il est aussi important d’aménager le paysage urbain, le réseau routier, que celui d’un grand propriétaire terrien.

Un nouveau phénomène voit le jour, né du besoin de montrer la sculpture au public, des fondations créent le musée à ciel ouvert, ou de jardins de sculptures d’art contemporain.

A la fin des années 1970, Niki de Saint-Phalle installe son jardin à Garavicchio en Italie. Ce jardin est né d'un songe de l'artiste dans les années 1960, elle passait dans un jardin enchanté, peuplé de créatures magiques aux couleurs fantastiques, couvertes de pierres précieuses. Le jardin des Tarots est né peuplé de 22 sculptures monumentales, dont certaines sont habitables. Réalisées en béton recouvert de mosaïques de miroirs, de verre, de céramique colorée. Les personnages correspondents aux arcanes majeurs du tarot où chacun choisit son propre parcours, comme dans le tirage des cartes.


Le jardin des Tarots à Garavicchio, Italie

Le XXIe siècle….
Un nouveau besoin voit le jour, né de la nécessité de retrouver la campagne dans le milieu urbain, et c'est dans les parcs publics que les nouveaux architectes-paysagistes vont construire notre environnement futur, mi sauvage mi contrôlé. Parc à thème ou parc philosophique, l'art du XXIè siècle s'écrit d'abord dans les jardins.

«La Villette», parc urbain du XXIe siècle face a «La cité des Sciences et de l’Industrie» à Paris, construit par l’architecte Bernard Tschumi. L’un des points forts du parc est la trame régulière des «folies» disséminées, constituées de tôle émaillée rouge vif (clin d’œil aux anciens abattoirs), recouvrant des structures de béton toutes différentes les unes des autres, malgré la forme cubique de base : rampes, escaliers déstructurent le cube initial. Elles abritent aussi bien des ateliers pour enfants, qu’une buvette ou un point d’information.

«Le parc André Citroën», dernier grand parc public, est une Arcadie moderne qui a remplacé les usines Citroën de Paris. Les «principes d’interprétations» du parc furent formulés par le plus théoricien des nouveaux architectes paysagistes Gilles Clément. Les quatre «grands principes de mise en œuvre» sont la Nature et le Mouvement, ou la Métamorphose, l’Architecture et l’Artifice. Un des objectifs est de rassembler dans une pensée commune le travail des architectes et celui des paysagistes. La lecture du parc se fait différemment si l’on se trouve près de la rivière (de la nature) ou plus près de la ville (de l’artifice).


Les serres du parc André-Citroën, à Paris

Au Moyen Age, qu'il soit réalité ou enluminure symbolique, le jardin conserve l'empreinte du paradis, objet de toutes les attentions de l'homme, "jardinier de Dieu". Théâtre de l'initiation amoureuse, de l'inspiration poétique, mais aussi de la connaissance des plantes et de leur vertus, de leur symbolique, il offre à l'homme un espace où nourrir secrètement sa vie spirituelle et matérielle.

En France de nos jours, le tourisme vert est le seul tourisme à s’enorgueillir chaque année de visiteurs supplémentaires quelles que soient les crises économiques. On pourrait en conclure que l’être humain, trop longtemps coupé de ses racines, a besoin de retrouver un certain équilibre dans ses relations avec la nature et rêve si possible de la cultiver pour son propre bénéfice.

De nos jours tout jardin contemporain est créé par nos paysagistes avec une autre symbolique dont l'objet premier n'est plus Dieu mais l'homme lui-même.

Nos jardins ne parlent plus de Yavé et de la vie éternelle, mais de l'intemporel des hommes. Ils demeurent un lieu de promenade recherché où chacun comme au Moyen Age vient se ressourcer.

Charlotte de Bouteiller
Présidente d'Arts et culture d'Europe

Sites internet à consulter !...
Le Musée du Moyen Age voir le site C'est aux Thermes de Cluny que se trouvent les magnifiques tapisseries de la "Dame à la Licorne" ou le jardin des cinq sens. Tissées en Flandre au XVe siècle, à partir de cartons réalisés à Paris, à l'époque de leur création, l'on distinguait les "tapisseries à hystoires" et les "verdures". La Dame à la Licorne appartenait à ces dernières, appelées aussi ''Mille-fleurs".  
Les jardins des simples en France voir le site Sur ce site vous découvrirez les jardins des simples où les jardins médicinaux et le patrimoine pharmaceutique recensé par l'Ordre National des Pharmaciens. Une étape possible sur la route des vacances.  
André Le Nôtre 1613-1700 voir le site Le créateur des jardins classiques à la Française.  
Château de Vaux le Vicomte voir le site Site officiel du chateau et des jardins de Vaux le Vicomte.  
Versailles, Résidence Royale voir le site Le site officiel, pour tout savoir sur le château et ses jardins.  
Jardins anglo-chinois ornés de fabriques en Europe voir le site Le site de référence pour tout comprendre, tout voir, tout visiter...  
Les jardins de Giverny voir le site La propriété de Claude Monet (1840-1926) à Giverny léguée par son fils Michel à l’académie des Beaux-Arts en 1966, devenue la Fondation Claude Monet, a été inaugurée en 1980 après les travaux de restauration. On y visite la maison, où vécut la paintre de 1883 à 1926, les jardins et l’atelier des Nymphéas où sont présentées des reproductions des œuvres les plus célèbres de Claude Monet.  
Antoni Gaudi 1852 - 1926 voir le site Pour tout voir des réalisations de l'architecte et designer Antoni Gaudi.  
The Royal Horticultural Society voir le site  
Gertrude Jekyll 1843-1932 voir le site Pour tout savoir sur Gertrude Jekyll, site en anglais.  
Michel-Eugène Chevreul, sa vie-son oeuvre voir le site Un site complet pour un homme qui possédait l'art et la science de la couleur. Il n'a pas que changé notre perception de la couleur!  
La villa du Lac de "le Corbusier" voir le site Pour tout voir sur la villa du Lac construite pour les parents du "Corbusier " avec les photos.  
Le jardin des tarots de Niki de Saint-Phalle voir le site Pour tout savoir du jardin des tarots.  
Château de Quiersy
Charles Martel choisit d'y finir ses jours, en 741.

Il a préparé l'avènement de son fils Pépin le Bref, dont l'épouse, Bertrade de Laon - plus connue sous le nom de Berthe aux grands pieds, va mettre au monde l'année suivante à Quierzy le futur Charlemagne.

Pépin le Bref reçoit à Quierzy en 754 le pape Etienne II et signe avec lui la donation de l'exarchat de Ravenne, reconnaissant aux papes un pouvoir temporel qui perdurera mille ans. Quelques jours plus tard, Etienne II sacre Pépin roi des Francs à Saint Denis.

Son successeur Charlemagne transforme progressivement la villa en palais et c'est sur ses fondations que s'élève le château actuel. Sacré empereur d'Occident par le pape Léon III à Rome en 800, il invite le pape à Quierzy en 804 et renforce les liens entre la Papauté et la France.

Son petit-fils, Charles le Chauve, écrit à Quierzy une nouvelle page de l'Histoire, en y signant le capitulaire de 877 qui établit l'hérédité des offices de la noblesse : il restera en vigueur jusqu'à la Révolution française, neuf siècles plus tard.